Blecaute et l'éclat de la célébration noire
Origins
Blecaute, le nom artistique de Helder Carlos, construit des images à partir du lieu où se rencontrent la culture populaire, la philosophie, la vie périphérique et l'auto-représentation des Noirs. Né et élevé dans le complexe résidentiel Riacho Doce, à la périphérie de Fortaleza, il fait partie d'une génération d'artistes pour qui la création d'images est aussi une manière de nommer la présence. Nordestesse le décrit comme un jeune artiste de la périphérie de Fortaleza et étudiant en philosophie à l'Universidade Estadual do Ceara. Cette double position est importante : son œuvre ne traite pas la peinture comme une simple décoration ou une simple illustration. Il utilise l'image comme un moyen de penser, d'argumenter et de rapprocher les questions abstraites des réalités vécues qui l'ont façonné. See also Le cordel ne tient pas dans les tiroirs : Marina Nabuco sur l'archive vivante de l'Instituto Brincante.
Les œuvres sélectionnées montrent un langage visuel ancré dans la couleur, l’attitude et les codes quotidiens de la culture de la jeunesse noire. Dans la composition rouge avec deux personnages dansants, les corps ne sont pas des personnages d'arrière-plan dans la scène de quelqu'un d'autre. Ils occupent le tableau avec aisance, style et humour, se déplaçant dans un espace où les vêtements, les cheveux, les lunettes de soleil, les gestes et la couleur deviennent des signes d'appartenance. La deuxième image étend cette énergie dans un champ collectif. Des personnages en chemises de sport et en sandales se rassemblent comme sur une place publique, une scène de supporters, une scène funk ou un portrait de quartier, tandis que les drapeaux et les emblèmes font du loisir un langage de fierté. L’image est chargée car le monde qu’elle décrit est vivant. See also Carolina Noemia et la ligne du carnaval de Recife.

Public collections
Nordestesse note que trois œuvres de la série Festa de Preto de Blecaute ont été sélectionnées pour Baile funk : um cri de liberte, une exposition sur le funk brésilien qui a voyagé du Museu de Arte do Rio à la Maison Folie Wazemmes à Lille, en France. Le contexte clarifie ce sur quoi insistent les peintures : la joie noire n’est pas un sujet mineur. C’est historique, politique, esthétique et communautaire. Dans le portrait en gros plan avec la casquette à motifs, la peau grise, les vêtements rouges, le fond vert et les formes végétales poussant près de l'oreille, Blecaute allie stylisation et intimité. Le personnage semble écouter à la fois vers l’intérieur et vers l’extérieur, regroupant la mode, la mémoire, le corps et l’environnement.

Pour CASCA, Blecaute compte car son travail transforme la culture visuelle périphérique en une force philosophique et picturale. Il a commencé à dessiner en 2019, d'abord sur un téléphone car les ressources étaient limitées, réalisant des images de chanteurs et des scènes de films avec des protagonistes noirs avant de passer au dessin sur tablette puis à la peinture à l'huile. En 2020, son autoportrait A partir de meu sangue... arte a attiré l'attention du MASP, et des collaborations ultérieures ont connecté ses personnages à des marques et des scènes musicales qui circulent fortement dans les périphéries. Son nom véhicule l’idée d’obscurité, de lumière réduite et d’interruption dans un système majoritairement blanc. Dans les œuvres rassemblées ici, cette interruption devient lumineuse : une affirmation peinte selon laquelle la favela ne se contente pas de survivre au cadre, mais change ce que le cadre peut contenir.